
Derrière l’auteur Paul Kenny se cachent en fait Jean Libert et Gaston Vandenpanhuyse, deux amis d’enfance nés à Bruxelles à trois jours d’intervalle,
Jean Libert, journaliste et poète, publiait des nouvelles et romans d’amour; Gaston Vandenpanhuyse, capitaine de marine marchande, écrivait, quant à lui, des articles de vulgarisation scientifique. Ils signent d’abord à partir de 1951 dans la collection «Anticipation» une vingtaine de romans de science fiction sous le pseudonyme de Jean-Gaston Vandel : « Très au courant de ce qui se passait en Amérique et en Angleterre depuis la fin de la guerre, nous avons participé à la mise en route de la collection Anticipation en tant que lecteurs et traducteurs. Puis, à la demande de l’éditeur, nous avons écrit nous-mêmes»

Ils orientent peu à peu leur écriture vers le roman d’espionnage sous trois autres pseudonymes – Graham Livandert, Jack Murray et Paul Kenny, dont le dernier est passé à la postérité.
Une productivité étonnante, qui culmina en 1955, année où Jean et Gaston, sous leurs quatre noms de plume, virent éditer pas moins de seize romans !

Francis Coplan, alias FX 18, agent secret français du Sdece (Service de documentation et de contre-espionnage), naît sous la plume de Paul Kenny en 1953 dans « Sans issue ! » Ce roman marque le début d’une fructueuse collaboration entre les deux hommes pendant une trentaine d’années et près de 180 missions de Coplan, poursuivie quelque temps par Jean Libert après la mort de Gaston Vandenpanhuyse en 1981, avant que Serge Jacquemard ne reprenne le flambeau. La série atteint son apogée dans les années 1960, avec 200 000 exemplaires vendus par titre et une Palme d’or pour le roman d’espionnage en 1960 avec « Les Silences de Coplan », au point qu’une collection dédiée à Paul Kenny est créée en 1973. Miroir de l’histoire immédiate autant que vision subjective de l’actualité, les aventures de Francis Coplan nous conduisent sur les cinq continents, tout en prenant en compte les inflexions de la politique française à l’échelle internationale.
Paul Kenny, auteur des romans Francis Coplan était Eaubonnais !
Gaston François Julien VANDENPANHUYSE a habité Eaubonne au 16 de l’avenue du Maréchal Dode de la Brunerie.
Anne Libert fille de Jean Libert a offert les archives de son père à la BnF en 2009 : Les nombreuses dactylographies corrigées des Coplan illustrent les méthodes d’écriture de Paul Kenny.
» Habitant à quelques kilomètres l’un de l’autre, Jean Libert à Montmorency et Gaston Vandenpanhuyse à Eaubonne, les deux amis tiennent une conférence de travail deux fois par mois afin d’élaborer l’intrigue, de fixer le décor et de décider des rebondissements et du dénouement de leur prochaine histoire. Après la séance, chacun regagne son domicile et écrit de son côté un livre différent. Ainsi, tous les deux mois, avec une belle régularité, un «Kenny» peut-il sortir, écrit par roulement tantôt par Jean Libert, tantôt par Gaston Vandenpanhuyse. La genèse des Coplan est, en outre, éclairée par une source peu courante. Tous les ans, les deux hommes organisent un grand voyage dans un secteur «chaud» de la planète – ou qui risque de le devenir – et se répartissent les villes traversées Pendant leur séjour, ils repèrent l’hôtel où peuvent se croiser les agents internationaux, les boîtes de nuit à double issue, les quartiers interlopes où les agressions sont monnaie courante. Armés d’appareils photographiques, ils fixent sur la pellicule les plaques des rues, les places, les lieux typiques. Ces albums de voyage sur lesquels ils ont accumulé photos, notes, timbres ou tickets d’autobus, leur permettent des descriptions fidèles qui servent l’effet de réel. »
Dans « Coplan vise haut » une scène se déroule à Eaubonne.



Dans « Stoppez Coplan » Eaubonne est aussi citée, en des termes peu flatteurs.
« En cette soirée de novembre, où une légère brume ouatait la clarté des hauts lampadaires bordant la route nationale, ce coin de la banlieue nord de Paris était tristement désert.
Après le reflux massif des voitures qui ramenaient dans leurs communes-dortoir les habitants d’Eaubonne et de Saint-Leu, la circulation s’était rapidement tarie. Mais si de rares véhicules aux feux en code passaient encore de temps à autre sur la grande voie macadamisée, les avenues adjacentes, avec leurs pavillons clairsemés aux persiennes closes, étiraient dans une obscurité silencieuse leur perspective solitaire »
Gaston François Julien VANDENPANHUYSE est décédé à Eaubonne en 1981 et est enterré au Nouveau cimetière ( 18è division, 20è tombe )

Sources :
- Site Ville d’Eaubonne : Parcours du historique du cimetiere d’Eaubonne
- « Chroniques de la BnF » numéro 48 de 2009 : https://multimedia-ext.bnf.fr/Chroniques/chroniques_48.pdf
- Podcast France culture : L’agent FX 18 du SDECE, Francis Coplan, livre ses secrets | France Culture
- « Stoppez Coplan » : Collection Espionnage numéro 371, Editions Fleuve Noir , 1963
- « Coplan vise haut » : Collection Espionnage numéro 749, Editions Fleuve Noir , 1969