Louise Andryane (1810-1887), épouse Denis Tarbé des Sablons

… compositrice et traductrice

Louise Tarbé des Sablons, après avoir très probablement fréquenté dès sa naissance en 1810 le Petit-Château, dans l’entourage de son oncle Eugène Merlin de Douai et de la famille Gohier, a séjourné à partir de 1842 au Pavillon italien, et depuis 1854 au Petit-Château jusqu’à son décès en 1887.

Une musicienne parisienne devenue eaubonnaise par mariage

Louise Pauline Andryane de la Chapelle naît à Paris le 11 juillet 1810. Elle est fille de Louis Simon Andryane de la Chapelle-Godefroy (ca. 1790-1848) et d’Aimée Pauline Joséphine Merlin de Douai (ca. 1785-1817). Elle épouse à 20 ans, le 14 septembre 1830, Denis Charles Edmond Tarbé des Sablons (1800-1861) et sera dès lors appelée habituellement Madame Tarbé des Sablons.

Le couple aura cinq enfants, dont deux garçons, très versés dans la musique : Edmond (1838-1900), futur maire d’Eaubonne, fondateur du journal Le Gaulois et dramaturge, et Eugène (1846-1876), journaliste et musicien.

Petite polémique à trancher ….. dans Wikipedia la mère d’Edmond futur maire d’Eaubonne cité ci dessus se prénommerait « Michelle Catherine Joséphine Guespereau Tarbé des Sablons« , qui serait notamment l’autrice de plusieurs romans ….Il semblerait que Wikipedia ait tort

Elle s’adonne à la littérature et à la musique, ainsi qu’à la traduction de l’italien au français.

Compositrice d’opéras

Elle compose en 1863 des Saluts du Saint Sacrement et l’année suivante, un opéra intitulé I Batavi, opera ballo in quattro atti (Les Bataves (1), opéra ballet en quatre actes), sur un livret du marquis Achille de Lauzières-Thémines (1818- 1894), initialement appelé Le Siège de Leyde, drame lyrique en trois actes.

Cet événement est
 un des grands épisodes
 de l’histoire des Pays-
Bas. Il a déjà fait l’objet de nombreuses œuvres littéraires et lyriques, dont l’opéra en quatre actes, Le siège de Leyde, poème d’Hippolyte Lucas (1807-1878), musique d’Adolphe Vogel (1808-1892), créé le 4 mars 1847 à La Haye, où il a connu un éclatant succès.

L’orchestration et la mise en scène sont confiées au musicien toulousain Louis Deffès (1819-1900). La première représentation de l’opéra se tient à Florence, en Italie, au théâtre Della Pergola en juin 1864, et connait un tel succès que l’auteur est rappelé huit fois sur la scène. Il sera ensuite question de jouer cet ouvrage au Théâtre-Lyrique de Paris, mais le projet n’aboutira pas.

Cette œuvre a été saluée par un journal humoristique en ces termes :

« Il y a des opéras qui n’ont pas de chance. Vous vous rappelez celui des Bataves, de madame Tarbé des Sablons. Jamais Iphigénie en Aulide, immolée, n’a fait couler plus de papier timbré que ce chef-d’œuvre… inédit.
 Les avoués étaient sur les dents.
 « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ». On a même parlé de cas foudroyants ».

La collaboration de Deffès avec Mme Tarbé des Sablons se poursuivra pendant plusieurs années, notamment pour l’exécution d’un autre opéra, Les Brigands :

« Au total, et sur une période comprise entre 1865 et 1877, Louis Deffès perçut donc la coquette somme de 9 500 francs – au moins – pour sa collaboration à cette œuvre, dont l’essentiel (8 500 francs) lui fut payé entre avril 1865 et avril 1868 ».

Cette pièce, s’inspirant du drame Die Raüber de Friedrich Schiller (1759-1805), ne sera jamais représentée, car ce thème a déjà été largement traité par de grands compositeurs, dont Giuseppe Verdi (I Masnadieri, 1847), et le succès de ces œuvres a vite éclipsé l’intérêt du projet de Louise Tarbé des Sablons et de Deffès.

Femme de lettres et croyante

Compte tenu de ses origines italiennes et de sa foi chrétienne, Louise a aussi traduit en français des textes spirituels italiens, notamment L’Excellence de la morale catholique démontrée par Manzoni, édité par Jeanthon à Paris. Alessandro Manzoni, poète et dramaturge italien (1785-1873), est en particulier connu pour son ouvrage I promessi sposi  (Les fiancés). Elle signe « L. T. ».

Bienfaitrice à Eaubonne

En 1857, Mme Denis Tarbé des Sablons aide les Petites sœurs de la Sainte Enfance à installer à Eaubonne un pensionnat chargé de l’instruction des filles, dans la rue qui portera, à partir de 1891, le nom de la famille bienfaitrice, mais qui s’appelle alors rue de l’Asile. Il s’agit d’une congrégation hospitalière et enseignante de droit diocésain fondée en 1844 à La-Valla-en-Gier (Loire) par l’abbé Etienne Bédouin.

Les derniers temps

Elle devient aveugle vers 1880 et passe tout son temps, avec son fils Edmond, dans l’appartement qu’ils partagent au 3 rue Boudreau, dans le 9ème arrondissement de Paris. À sa mort, le 26 mars 1887, le journal Le Gaulois écrit :

« Une femme rare, Mme Tarbé des Sablons, née Andryane, la mère de notre confrère et ami M. Edmond Tarbé, le fondateur du Gaulois, est morte la nuit dernière. Mme Tarbé a été vraiment comblée… Elle était née artiste et écrivit des compositions musicales applaudies, notamment I Batavi, un grand opéra. Elle était aussi virilement (sic) douée pour les affaires. Mais, avant tout, elle était née mère pour ses enfants et, après eux, pour tous ceux que leur souffrance faisait adopter à sa charité ».

Ses obsèques sont célébrées le 28 mars, à dix heures et demie, à l’église de la Madeleine à Paris.

         (1) Les Bataves sont un peuple germanique, établi sur la rive droite du Rhin et déplacé par les Romains vers l’actuelle Belgique. Ils ont été à tort considérés comme les ancêtres des Néerlandais, au même titre que les Gaulois ont été pris pour les ancêtres des Français.

Le siège de Leyde a été mené de mai à octobre 1574 par les troupes espagnoles durant la Guerre de Quatre-Vingts Ans (appelée aussi « Révolte des Pays-Bas ») contre sept provinces septentrionales (de 1568 à 1648), qui a abouti au traité de Westphalie créant les Province-Unies. La ville a dû son salut à l’intervention d’une flotte de secours.