
Cette vaste demeure d’allure classique « à la Mansart », située 4 rue Hennoque, a accueilli deux personnalités du mouvement surréaliste, l’écrivain Paul Éluard (1895-1952) et le peintre Max Ernst (1891-1976). En 1923, Ernst arrive en France et reçoit asile chez son ami Paul et sa femme Gala à Eaubonne. Durant l’été, il entreprend de décorer les trois étages de la villa, réalisant l’un des rares exemples de décoration murale surréaliste. La résidence, où sont organisées des rencontres du groupe surréaliste, est à cette époque le théâtre de séances de sommeil hypnotique et d’écriture automatique. Les peintures du cycle d’Eaubonne, transférées sur toile, sont conservées dans des collections du monde entier.

Eugène Émile Paul Grindel, dit Paul Éluard, nait à Saint-Denis, au 46 boulevard Châteaudun (actuellement Jules Guesde), le 14 décembre 1895. Son père, Clément Eugène Grindel, est alors comptable, mais il ouvre, peu après 1900, un bureau d’agence immobilière. Sa mère, Jeanne-Marie Cousin, est couturière. Éluard fréquente l’école communale de Saint-Denis, celle d’Aulnay-sous-Bois.

Vers 1908, la famille s’installe à Paris, rue Louis-Blanc. Il entre comme boursier à l’école supérieure Colbert. Il obtient en 1912 son brevet et en juillet part se reposer, sa santé apparaissant fragile, avec sa mère, à Glion, en Suisse. Une grave crise hémoptysique l’oblige à prolonger son séjour et il est alors contraint, à l’âge de seize ans, d’interrompre ses études, car il est atteint de tuberculose. Il reste hospitalisé jusqu’en février 1914 au sanatorium de Clavadel, près de Davos. Il y rencontre une jeune russe de son âge en exil Helena Diakonova, qu’il surnomme Gala. La forte personnalité, l’impétuosité, l’esprit de décision, la culture de la jeune fille impressionnent le jeune Paul qui prend avec elle son premier élan de poésie amoureuse, un élan qui se prolongera dans tous ses écrits. Elle dessine son profil, et il ajoute à la main : « Je suis votre disciple ». Ils lisent ensemble les poèmes de Gérard de Nerval, Charles Baudelaire, Lautréamont et Guillaume Apollinaire. Devenu majeur le 14 décembre 1916, il épouse Gala dès le 21 février suivant.
En 1916, il choisit le nom de Paul Éluard, hérité de sa grand-mère, Félicie.
Le 11 mai 1918, il écrit à l’un de ses amis : « J’ai assisté à l’arrivée au monde, très simplement, d’une belle petite fille, Cécile, ma fille ».
En 1918, lorsque la victoire est proclamée, Paul Éluard allie la plénitude de son amour à une profonde remise en question du monde : c’est le mouvement Dada qui va commencer cette remise en question, dans l’absurdité, la folie, la drôlerie et le non-sens. C’est ensuite le surréalisme qui lui donnera son contenu. Juste avant les surréalistes, les dadaïstes font scandale. Éluard, ami intime d’André Breton, est de toutes les manifestations dada. Il fonde sa propre revue Proverbe, dans laquelle il se montre, comme Jean Paulhan, obsédé par les problèmes du langage. Tous deux veulent bien contester les notions de beau/laid, mais refusent de remettre en question le langage lui-même. En 1920, Éluard est le seul du groupe à affirmer que le langage peut être un « but », alors que les autres le considèrent surtout comme un « moyen de détruire ».
En 1922, il promet à André Breton de « ruiner la littérature » et de ne plus rien produire.
Le 24 mars 1924, il embarque à Marseille pour un voyage autour du monde. Le lendemain, paraît le recueil Mourir de ne pas mourir qui porte en exergue « Pour tout simplifier je dédie mon dernier livre à André Breton ». Il est de retour à Paris au début du mois d’octobre comme si de rien n’était. Breton en dit : « Alors il m’a mis un petit mot, qu’il m’attendait hier [au café]. Cyrano, ni plus ni moins. C’est bien le même, à n’en pas douter. Des vacances, quoi ! ». Tout naturellement, il participe au pamphlet Un cadavre, écrit par les surréalistes en réaction aux funérailles nationales faites à l’écrivain Anatole France.
Toute la vie d’Éluard se confond à présent avec celle du mouvement surréaliste. C’est cependant lui qui échappe le mieux à la réputation de violence et qui est le mieux accepté comme écrivain par la critique traditionnelle. Éluard se plie à la règle surréaliste résumée par cette phrase du Comte de Lautréamont : « La poésie doit être faite par tous, non par un ». Avec Benjamin Péret, il écrit 152 proverbes mis au goût du jour. Avec André Breton, L’Immaculée Conception. Avec Breton et René Char, Ralentir travaux.
Dès 1925, il soutient la révolte des Marocains et en janvier 1927, il adhère au parti communiste français, avec Louis Aragon, Breton, Benjamin Péret et Pierre Unik. Ils s’en justifient dans le tract collectif, Au grand jour.
C’est aussi l’époque où il publie deux recueils essentiels : Capitale de la douleur (1926) et L’Amour la poésie (1929).
En 1928, malade, il repart dans un sanatorium avec Gala, où ils passeront leur dernier hiver ensemble. C’est à ce moment que Gala, qui était ouvertement la maîtresse de Max Ernst, rencontre Salvador Dalí et quitte le poète pour le peintre. Paul Éluard dit à Gala : « Ta chevelure glisse dans l’abîme qui justifie notre éloignement ». Peu après, il fait la connaissance de Maria Benz, une artiste de music-hall d’origine Alsacienne surnommée Nusch, avec qui il se mariera en 1934.
Paul Éluard meurt à Charenton-le-Pont le 18 novembre 1952.

Max Ernst naît en Allemagne à Bruhl, près de Cologne le 2 avril 1896, fils aîné de Phillip Ernst et de sa femme Luise, née Kopp. Il y passe son enfance et sa jeunesse. Son père est professeur de dessin dans une école pour sourds-muets. De 1910 à 1914, il fait des études littéraires de philosophie, de psychologie et d’histoire de l’Art à la faculté de Bonn. En 1918, il se marie avec son amie de jeunesse Luise Straub à Cologne. En 1921, il rencontre le couple Paul et Gala Eluard. En 1922, il adhère au mouvement surréaliste. En 1923, il expose au Salon des Indépendants à Paris et couvre la maison d’Eluard d’un cycle de peintures murales. Ses œuvres relèvent d’une exploration systématique de l’inconscient, à travers des thèmes comme le cosmos, le feu ou l’amour. En 1924, il voyage en Extrême-Orient avec le couple Gala et Paul Eluard. En 1930, il collabore comme acteur dans le film de Bunuel L’Âge d’or. Il meurt à 85 ans.

Nush Éluard, née Marie Benz le 21 juin 1906 à Mulhouse, est la seconde épouse de Paul Eluard. Elle le rencontre en 1929 et viendra vivre quelque temps à Eaubonne, dans la maison que Paul Eluard partage avec Max Ernst, rue Hennoque (après le brusque départ de Gala Eluard avec Salvador Dali). Elle se mariera avec Eluard en 1934.
Elle est l’inspiratrice de nombreux tableaux de Picasso et de portraits photographiques de Man Ray et de Dora Maar. Elle est l’auteur de nombreux collages et sera l’égérie et la muse des surréalistes. Elle sera une figure permanente de l’œuvre de son mari et inspiratrice de nombreux poèmes (« La vie immédiate »). Après sa disparition brutale en 1946, Paul Eluard écrira en 1947 en hommage à sa femme « Le temps déborde », texte illustré de 11 photos de Nusch par Dora Maar et Man Ray.